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Tenter de mettre des mots sur l’implicite incohérence

Après le 18 février 2021

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Tenter de mettre des mots sur l’implicite incohérence.

Réflexions d’un 18 février

A la Maison du Récit, nous avons été très touchés d’entendre hier le Conseil Fédéral dire qu’il pensait aux jeunes, qu’il les trouvait courageux, solidaires, inventifs, capables d’ouvrir de nouveaux horizons de sociabilité grâce aux réseaux sociaux.

Nous avons été très touchés d’entendre hier le Conseil Fédéral dire qu’il pensait aux restaurateurs, et aux autres secteurs d’activité à l'arrêt, qui attendent des aides depuis des mois, et que de nouvelles aides seront débloquées. (Et nous avons alors réalisé avec amusement que « débloquer » était un mot à double sens.)

Nous avons été très touchés d’entendre hier le Conseil Fédéral dire qu’il pensait au monde de la culture, et que les zoos et les archives - qui mènent bientôt un même combat, soit dit en passant - rouvriront prochainement leurs portes.

Trêve d’ironie, même si elle n'est bien sûr pas innocente ici, elle dont l'essence est le tiraillement. La tâche est complexe, personne ne le nie. Comment la penser ? Comment l’effectuer ?

A la Maison du Récit, nous avons la conviction que tout est affaire de récit. Et que celui dont nous avons le plus urgemment besoin est celui qui construit un équilibre entre les humains et en eux, et entre eux et leur environnement. Un chemin qui conduise vers une unité réconciliant les opposés. Ceux qui le sont ontologiquement, comme l’ombre et la lumière, autant que ceux que nous avons historiquement et culturellement construits. Comme par exemple, dans de si fréquentes circonstances, les discours et les actes.

Dans les paroles du Conseil Fédéral, il nous est, à la Maison du Récit, difficile de trouver ce qui réconcilie. Certes, nous l’avons déjà dit, la tâche est terriblement complexe. Certes, nous devons maintenir nos efforts pour que ces virus – puisqu’ils sont maintenant multiples – cessent de se propager. Indéniablement. Mais comment continuer à suivre des règles pétries de contradictions ? Comment comprendre, pour ne donner qu’un exemple dont on nous excusera la facilité et le caractère personnel, qu’un bailleur aussi puissant qu’une banque nationale préfère des locaux vides pour, qui sait, des années peut-être – et accessoirement la disparition d’une association qui paie sans jamais y manquer ses factures depuis sept ans – au don de deux mois de loyer ? Comment le comprendre sinon en supposant que la confirmation d’un rapport de force immuablement déséquilibré compte plus que tout autre récit?

Globalement - il y a heureusement des exceptions - le récit politique des mesures sanitaires sépare au lieu de rassembler. Le mot « solidarité », lorsqu’il crée des clivages par les actes et décisions même qui le justifient, devient sa propre contradiction. Il y a là une violence symbolique dont nous ne mesurons pas les conséquences.

Notre si profondément humain besoin de rencontres, d’embrassades des peaux et des âmes, est-il réellement présent dans les pesées d’intérêts, au-delà du discours ? Nos corps biologiques sont-ils à ce point séparés de nos psychismes qu’ils puissent se maintenir en bonne santé indépendamment les uns des autres ? Les partages en streaming, visioconférences et autres modes de diffusion de nos visages pixellisés sur fond de frigos domestiques remplacent-ils une perception globale et sensitive de l’autre dans son humanité, paisible ou inquiète ? Nous savons, en réalité, depuis longtemps, que ce n’est pas le cas.

C’est pourquoi, à la Maison du Récit, nous ne passerons pas au FB live ni au théâtre par Zoom, mais nous allons travailler à continuer à faire vivre ces partages sensibles. Coûte que coûte.

Il ne s’agit pas de sauver la Culture.

Il s’agit de se battre pour ne pas nous perdre. Pour chercher ensemble les récits qui, en mettant en mouvement les empathies profondes, tissent les véritables solidarités, et nous permettent de continuer à espérer et à construire un monde plus beau.